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L'armoire des robes oubliées de Riikka Pulkkinen

Shrewsbury, English Bridge

Auteur : Riikka Pulkkinen
Titre original : Totta (finnois)
Traducteur : Claire Saint-Germain
Date de publication : 2010 (traduction française : 2012)
Editions : Albin Michel
Pages :398
Mon avis

* Presque tous les romans comportent une histoire d'amour, la description de ses commencements. Et ces récits ont tous quelque chose d'identique, une ressemblance si grande qu'une description précise est une entreprise superflue. Pourtant, chacun d'eux contient son propre mystère.*

Révélation finlandaise, Riikka Pulkkinen a tout juste trente ans et le visage d'un ange, mais ne vous y trompez pas : c'est une très vieille âme qui sait décrire avec la même puissance d'émotion une grand-mère en train de mourir, un homme qui se retourne sur son passé ou une jeune fille qui, trouvant une robe oubliée, part à la découverte des secrets de sa famille...
Sélectionnée par le Finlandia Prize, éblouissant par la richesse de son écriture et sa sensibilité vibrante, L'armoire des robes oubliées impose d'emblée Riikka Pulkkinen comme l'une des romancières les plus douées de sa génération.

*J'avais déjà oublié la confiancce que les enfants reçoivent en partage parce qu'ils ne connaissent rien d'autre : la foi reçue en naissant, que tou ira bien. A une période de sa vie, on la perd un instant, inévitablement. Si l'on a de la chance, elle revient. Viennent des gens pour vous prendre dans leurs bras sous la couverture, dans les chambres à coucher, pour vous tendre la main par dessus des tables, et avec eux cous réapprenez ce qu'il vous avait fallu perdre en même temps que l'enfance .*

Lorsque la quatrième de couverture d’un livre ne présente pas de résumé, il est toujours difficile de savoir à quoi s’attendre. C’est le cas de L’armoire des robes oubliées qui, au lieu de dévoiler l’histoire ou de nous faire envie avec un synopsis plein de suspense, nous fournit des détails sur l’auteur et les prix qu’elle a reçus avec sa première œuvre. Un bon choix ? Difficile à dire, mais c’est une stratégie comme une autre.
Sans résumé sur lequel base son choix, comment se décider pour ce roman, et pas un autre ? Bonne question. Je dois admettre que je ne me rappelle pas exactement ce qui m’a attirée en premier. Peut-être l’image de couverture, qui m’a beaucoup plu, ou le nom exotique de l’auteur. Ce qui est sûr, c’est qu’avant de le commencer, j’ai quand-même consulté un bref aperçu de l’histoire. On n’est jamais trop prudent.
On entre dans la vie d’une famille finlandaise, dont nous apprenons à connaître trois générations : les grands-parents, Elsa et Martti, les parents, Eleonoora et Eeros, et les enfants – déjà grands – Anna et Maria. Alors que leur vie est tout ce qu’il y a de plus ordinaire, la maladie d’Elsa va tout bouleverser. Comme on peut s’y attendre lorsque ses jours sont comptés, c’est le temps des souvenirs et des discussions sérieuses concernant le passé. Et c’est aussi le moment où, suite à la découverte d’une robe oubliée, les secrets de familles, enfouis depuis des décennies, refont surface.
A la lecture d’un tel résumé, on imagine bien évidemment une sorte d’enquête pour découvrir la vérité, des disputes et des larmes. Je m’attendais à une œuvre proche de Boomerang, de Tatiana de Rosnay, et je dois dire que je me suis bien trompée. En effet, Riikka Pulkkinen ne se concentre pas sur l’aspect dramatique de l’histoire et ne joue pas non plus sur le suspense : elle nous livre bien un roman psychologique, centré sur les relations entre les personnages, leur passé et leurs émotions au fil du temps. Autant vous dire que si vous attendez de l’action, vous serez déçu.
La plume est légère et poétique, incluant de nombreux détails des sensations ressenties par les personnages. On remarque un changement de style selon le point de vue utilisé. L’histoire passe du présent (les années 2010) au passé (les années 60) et le narrateur change à chaque fois. Bien qu’il soit parfois difficile de comprendre qui raconte – surtout au début – plusieurs indices nous mettent sur la voie : les temps verbaux qui ne sont pas les mêmes dans le présent et les flashbacks, le vocabulaire utilisé qui devient plus simple si on a affaire aux souvenirs d’un enfant… C’est donc une technique narrative plutôt inhabituelle, mais on s’y habitue sans trop de difficultés.
Si j’ai trouvé la plupart des personnages intéressants et bien développés, d’autres m’ont laissé sur ma faim. En effet, Maria, par exemple, n’a pas vraiment de rôle dans l’histoire, et je n’ai donc pas réellement apprécié sa présence. De manière générale, on en vient à les connaître en découvrant leur vie quotidienne, ce qui est une bonne méthode pour les comprendre et d’attacher à eux. Lorsqu’on en apprend un peu plus sur leur passé également, on saisit mieux leur comportement et certaines de leur réaction. Car le secret de la mystérieuse Eeva a eu un impact important sur la vie de plus d’une personne, et le fait qu’il remonte à la surface va faire des vagues.
Pourtant, l’auteur ne bascule jamais dans l’excès : pas de drame trop romancé, de disputes et de cris invraisemblables. Chacun accueille la vérité à sa manière, une manière réaliste… ce qui nous fait comprendre que cette histoire pourrait arriver à n’importe quelle famille classique que nous connaissons, pas seulement à des personnages de roman.
L’histoire en elle-même ne contient donc que très peu de suspense, mais elle m’a néanmoins plu. Ce que je reproche à L’armoire des robes oubliées, c’est plutôt sa forme que son fond. Le changement de point de vue est intéressant, mais j’ai à plusieurs reprises, j’ai eu de la peine à m’y retrouver. L’entrelacs entre l’histoire d’Anna et d’Eeva, qui sont très similaires bien qu’elles appartiennent à deux générations différentes, m’a beaucoup perturbée, au point parfois de me demander qui était en train de raconter l’histoire et laquelle d’entre elles avait vécu certains des évènements racontés. Cette impression de flou était sans aucun doute recherchée par l’auteur, mais arriver à la fin en me posant encore de nombreuses questions ne m’a pas séduite, loin de là. Un sentiment d’inachevé, car on ne découvre pas réellement l’histoire d’Anna, juste la promesse qu’elle va la raconter. Un sentiment d’inachevé car il me semble impossible de comprendre ce qui est réellement arrivé à Eeva ou à Anna.
L’armoire des robes oubliées est un très beau roman. Derrière son histoire anodine d’une famille ordinaire et son style d’écriture simple se cachent des réflexions profondes sur l’amour, le chagrin, la perte d’un être aimé, la mort, le secret, le pardon… Des personnages attachants nous entraînent dans les secrets de leur famille qu’on s’efforce d’oublier entre Helsinki, la campagne finlandaise et Paris. Une histoire d’amour au rythme tranquille, pleine de détails, avec des émotions et sentiments hauts en couleurs.

Zoya de Danielle Steel


Book cover

Auteur : Danielle Steel
Titre original : Zoya (anglais des Etats-Unis)
Traducteur : Arlette Rosenblum
Date de publication : 1988 (traduction française: 1990)
Editions : Editions du club France loisirs
Pages : 470
Mon avis

* C'était un aperçu de cet homme que les autres ne connaîtraient jamais. Un coup d'oeil en arrière dans le temps sur une période exceptionnelle qui ne se reproduirait jamais pour aucun d'entre eux. La grandeur de ce que tous avaient connu faisaient paraître peu de choses ce qu'il avait à offrir à Zoya aux Etats-Unis. Par contre, il savait qu'elle serait heureuse à New York. Elle n'aurait plus jamais ni faim, ni froid. Au moins avait-il cela à donner..*

Crinière couleur de flammes et yeux verts, Zoya a promené sa beauté le long de ce XXe siècle qui fut celui de tous les bouleversements : la Révolution d'Octobre qui la contraint à l'exil ; la fin de la Grande Guerre à Paris où émigrés et fugitifs tentent de survivre en exerçant les métiers les plus divers...
Les années folles en Amérique, ensuite, puis la Grande Dépression où des millions de gens n'ont, eux aussi, qu'une seule obsession : survivre. Puis, vient la Seconde Guerre mondiale, avec son cortège d'horreurs et d'actes héroïques.
Les décennies de l'après-guerre, plus paisibles en général, connaissent pourtant encore des soubresauts aussi brutaux qu'inattendus. Zoya aura été à la fois le témoin et l'actrice de tous ces événements qui, à des titres divers, devaient modifier de fond en comble le visage de la planète. Une vie exemplaire, une héroïne bouleversante.
A l’aube de la révolution russe, Zoya, une jeune cousine du tsar se voit obligée de fuir son pays avec sa grand-mère. Toutes deux gagnent Paris, où elles doivent s’habituer à une existence en tout point différent du luxe qu’elles ont connu auparavant. Heureusement, la force de caractère de la jeune fille lui permettra de survivre et de se construire une vie agréable, entre la France et New York.
Zoya retrace le portrait d’une jeune fille incroyable, qui fera preuve d’une capacité d’adaptation inimaginable. N’ayant rien connu d’autre que le luxe de la haute société jusqu’à ses dix-sept ans, la révolution la force à découvrir un monde tout différent, dans lequel elle doit travailler pour assurer sa subsistance et celle de sa grand-mère. Traumatisée par le sort de sa famille en Russie, elle se relèvera pourtant à chaque échec, poursuivant son rêve de bonheur. Et, comme dans toute fiction romantique qui se respecte, elle rencontrera l’amour.
Je dois admettre que, à ma grande surprise, j’ai été transportée sur les pas de l’héroïne sans même m’en rendre compte et j’ai apprécié ce roman qui me laissait au départ sceptique. Il est vrai que les romances ne sont pas vraiment mon genre, mais j’ai décidé de tenter ma chance avec Zoya en raison du contexte de la révolution russe, qui m’intéresse beaucoup. C’est donc sans surprise que je dirai que la première partie a été ma préférée : on y découvre Zoya dans son enfance et son adolescence, on entrevoit la beauté des palais de la famille royale et les paysages d’hiver de ce pays, bientôt détruit par de sanglants combats.
La deuxième partie est située à Paris et offre un contraste marqué avec la première. Fini le luxe, Zoya et sa grand-mère ne sont plus rien. Dans la misère, toutefois, la jeune fille fait preuve d’un courage sans pareil et se rend très attachante de par son fort caractère. C’est là qu’elle rencontrera l’amour, une histoire touchante, mais bien trop romancée et rapide à mon goût.
Voilà donc l’héroïne partie pour New York, où elle fera à nouveau partie des personnes influentes. Cela signifie une fois de plus un changement, et le fait qu’elle doive s’adapter à un nouveau système, mais elle le fait naturellement, sans problème visible. Le bonheur est toutefois de courte durée en raison de la crise de 1929, auquel son mari ne survivra pas. Zoya, elle, s’en sortira, tout comme ses enfants, et quelques années plus tard, elle rencontrera à nouveau l’amour. Bien qu’ayant apprécié cette partie, j’ai trouvé que l’auteur basculait trop dans les clichés, et qu’on passait trop souvent d’un moment de pur bonheur à un instant de profond désespoir, où les évènements tragiques s’enchaînent à une vitesse incroyable.
Malgré ces extrêmes, l’histoire m’a plu, sans aucun doute grâce à Zoya elle-même. Si les autres personnages manquent de profondeur, elle est tout simplement admirable. Le contexte y est aussi pour beaucoup, car Zoya a non seulement traversé la révolution russe, mais aussi la première guerre mondiale, le krach économique de 29 et la seconde guerre mondiale. Oscillant entre la haute société et les couches plus pauvres, elle nous donne un aperçu de la vie à cette époque historique importante et nous emmène par la même occasion dans le monde de la mode.
Zoya plaira donc aux amateurs de belles histoires d’amour. Elle est sans conteste l’héroïne idéale pour un tel roman de par son caractère et le contexte dans lequel elle évolue. J’aurais toutefois aimé avoir davantage de détails historiques et un peu moins de clichés, mais ce fut néanmoins une lecture agréable.

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Black Sea Twilight by Domnica Radulescu



book cover
Author: Domnica Radulsecu
Publication date: 2010
Publisher: Doubleday
Pages: 330
My opinion

* He had come to me in unrecognizable shape, a stranger, a man from the street, bearded and dressed like a vagabond, taking refuge inside an art gallery where I happened to be having my first show. But then he unfolded under my very eyes like some enchanted prince from fairy tales who casts off all evil spells and scaly skins upon the kiss of a woman. She recognizes him for what he it: the one next to whom life is a thrill and a carousel, an oasis and a walk through apricot blossoms even in the midst of a dry desert or a dizzying storm.*

1980s Romania:
As the sun sets on the magical shore of the Black Sea and casts its last rays across the water, all Nora Teodoru can think about is pursuing her dream of becoming an accomplished artist - and of her love for Gigi, her childhood boyfriend from the Turkish part of town.
But story clouds are gathering as life under Dictator Nicolae Ceaușescu becomes increasingly unbearable. His secret police are circling, never far from the young couple's doors. Nora and Gigi make plans to escape to Turkey, but nothing can prepare them for the events that follow.
Five years later, the Romanian revolution is over, and Nora is on her own in Paris trying to make it as an artist. But then Gigi unexpectedly reappears in ther life - and they are faced with shocking revelations about each other.
Nora realizes that her life can never be the same...

* I write a letter in my head to Anushka Pomorowska. I can't send it because it would be censored and Anushka would never get it anyway. But I indulge in this childish activity of writing an imaginary letter. At leats if she's not going to get it, it's because I never sent it, not because the police took it away. Living in this country stunts your maturity, and you want to stay in your childhood for ever, even when your childhood is also a mess.*

Set in the Romanian town of Mangalia a few years before the revolution, Black Sea Twilight is the story of young Nora Teodoru, her family, her dream of becoming an artist and her love for Gigi. However, life in a country regulated by a tyrannical leader and the secret police is not as simple and innocent as it may appear, and every single act can have far-reaching consequences on one’s life forever.
I was first attracted to that book when I caught the glimpse of its wonderful cover. It looked like a painting, with a mosque and the sea suggested in the background in different shades of green and in the foreground is a girl seen from behind. Then, the title, written in fine and shimmering font: Black Sea Twilight, something smooth, romantic and poetic.
As I read the synopsis featured on the back cover, I immediately thought it suited this picture. Moreover, the mosque suggested mix of cultures, something a particularly enjoy reading about. Once I greedily finished reading the last page, I have to admit that I was completely right. Black Sea Twilight is everything I had imagined, only better. It is a story about life in a difficult country, about art, about exile and different places in the world, and about love.
The first part takes place in Mangalia, a Romanian city situated by the Black Sea. There live different kind of people, from Romanians to Turks and Gypsies. Domnica Radulescu portrays a life full of colours and sensations as we get to know her characters better. Nora and Gigi develop slowly and so does their relationship. From the innocence of childhood, they will move to the realisation of the impact one’s act can have on their future under dictatorship.
Through a number of short episodes told on a more or less chronological order – with a few flashbacks and explanations about the past – we are given a portrait of these moving and charming characters as well as a representation of this unusual town with its blend of cultures. The story alternated between extremely representative descriptions full of images and feelings and little anecdotes which may seem irrelevant at first sight, but then make sense in the characters’ life as we discover what happens.
As Nora and Gigi come from a different environment, we are led through a mix of Turkish and Romanian traditions that we can easily compare. What is the same for everybody, though, is the threat of the State, the leader and the secret police. Freedom is a myth there, as the reader will soon discover while visiting Mangalia, Bucharest and other smaller places.
Nora’s story is the main focus of the story, but we also meet a number of other characters, each of them with their own personality, each of them special and moving in their own way: Valentin, Anushka, Agadira, Gigi’s parents, Nora’s relatives, Didona, Marița… It is the human presence that brings life and warmth in a restrained and unfree society. The grey landscape that could be the reflection of the political life is actually full of shapes and colours, echoing Nora’s desire to become a famous artist.
Thus, art is a central point of Black Sea Twilight: the painting, the drawing, but also Valentin’s music. The author’s writing style is perfectly adapted to the theme, as it is poetic and easy to read, with many details and beautifully arranged sentences. The reader is involved in the story as if he were witnessing Nora and Gigi’s flourishing love, their hopes, their fears, and their innocence.
The second part is darker, as if it were reflecting the dictatorship that is becoming more unbearable day after day. Tied by their live and friendship but, most important of all, by their hope for a brighter future, the characters decide to escape in order to obtain freedom and to find a better place for their dreams to be realised. However, this enterprise is extremely risky and they need strength, courage and luck to get through with it. This is when the tragedy happens and each of them has to pursue their own way and build their own future.
My only regret at that point of the book was the blurb, which I said gave away too much information. We know some of the events that will take place in the third part of the book and I felt it was a shame to spoil some of the suspense and expectation that could have been created otherwise. Yet, thinking about it, I do not know what should have been written in order to arouse the readers’ curiosity. It is true that Black Sea Twilight is an unusual story, focusing more on the characters’ psychology than on the action itself. There are no real turns or twists, yet the story is unexpected. There is not a climax everybody has been waiting for as tension built up over the pages, but a few acts that are decisive and life-changing and that occur smoothly, almost without our noticing it.
Nora and Gigi are ordinary people and anybody can identify themselves with them. However, given the political context, their story is different from anything most of us can imagine. It is something moving and difficult to imagine if you have not experienced such turbulent epochs. The author could use this opportunity to criticise the regime and spread propaganda, but she does not fall into the trap. By just describing ordinary people’s lives, she lets us decide and make up our own opinions on the subject.
The theme of exile is also examined during Nora’s journey to Turkey and then to France. These passages are extremely poignant and I was moved. It is only at the end of the story, when I read Domnica Radulescu’s short biography that I understood why her description are so vivid: she had experienced it; she was in the same situation as her main characters some years ago; she was a refugee.
I also understood the research she had carried out in order to write this wonderfully realistic and poetic book: about art, history, psychology. This amazing work shows through the background of her story, full of details and images. We constantly have references to famous artists from Romania and from the rest of the worlds, to musicians, to important historical events…
Mixed with the characters’ psychology and the vivid descriptions, Black Sea Twilight is a poignant story about self-discovery, the pursuit of one’s dreams and love. Domnica Radulescu found the right words to describe the Romanian revolution in both an attractive and simple way, through two young people’s eyes. The blend of cultures is showed through foreign words and sentences, namely in French, Turk and Romanian, but also through a great range of details and cultural references. Readers will enjoy the development of a nice love story, of a beautiful town by the sea, of exile and then a glimpse of Romania under Ceaușescu. More experiences readers will discover an incredible number of cultural and historical details. A wonderful novel raising questions about love and freedom.


Thanks to Mum for lending me this book.

Belle du Seigneur par Albert Cohen





couverture livre

Auteur:Albert Cohen
Date de publication:1968
Editions: Gallimard, folio
Pages:1110
Mon avis
* Solal et son Ariane, hautes nudités à la proue de leur amour qui cinglait, princes du soleil et de la mer, immortels à la proue, et ils se regardaient sans cesse dans le délire sublime des débuts.*

"Solennels parmi les couples sans amour, ils dansaient, d'eux seuls préoccupés, goûtaient l'un à l'autre, soigneux, profonds, perdus. Béate d'être tenue et guidée, elle ignorait le monde, écoutait le bonheur dans ses veines, parfois s'admirant dans les hautes glaces des murs, élégante, émouvante, exceptionnelle, femme aimée, parfois reculant la tête pour mieux le voir qui lui murmurait des merveilles point toujours comprises, car elle le regardait trop, mais toujours de toute son âme approuvées, qui lui murmurait qu'il étaient amoureux, et elle avait alors un impalpable rire tremblé, voilà, oui, c'était cela, amoureux, et il lui murmurait qu'il se mourait de baiser et bénir les longs cils recourbés, mais non pas ici, plus tard, lorsqu'ils seraient seuls, et alors elle murmurait qu'ils avaient toute la vie, et soudain elle avait peur de lui avoir déplu, trop sûre d'elle, mais non, ô bonheur, il lui souriait et contre lui la gardait et murmurait que tous les soirs, oui, tous les soirs, il se verraient."
Ariane devant son seigneur, son maître, son aimé Solal, tous deux entourés d'une foule de comparses: ce roman est le chef d’œuvre de la littérature amoureuse de notre époque.

*Arrivé devant le Palais des Nations, il le savoura. Levant la tête et aspirant fort par les narines, il en aima la puissance et les traitements. Un officiel, il était un officiel, nom d'un chien, et il travaillait dans un palais, un palais immense, tout neuf, archimoderne, mon cher, tout le confort! Et pas d'impôts à payer, murmura-t-il en se dirigeant vers la porte d'entrée.* 
Genève dans les années 1930. Un homme séduisant se déguise en vieillard juif et s’introduit chez Ariane Deume pour la séduire. Cet événement marque le début d’une relation hors du commun entre une femme mariée et le supérieur de son mari. Du mépris à la passion, nous suivrons la belle Ariane et son Seigneur Solal dans leur amour à travers l’Europe de l’avant-guerre.
Autour du couple d’amants gravitent d’autres personnages, tous aussi intéressants les uns que les autres. Nous avons la famille Deume, qu’Albert Cohen ne se prive pas de ridiculiser. Adrien, le mari d’Ariane, fonctionnaire au Palais des Nations, est l’exemple parfait de l’homme intéressé par rien d’autre que son ascension sociale. Pour lui, tout est basé sur les relations, l’importance des fréquentations et, surtout, sur l’apparence. Les scènes qui le concernent sont très comiques, toujours dans l’exagération et même les événements les plus sérieux basculent systématiquement dans le ridicule. Le fait qu’il vive dans la même maison que ses parents ajoute à cette impression et, par ce choix, l’auteur a en même temps l’opportunité de nous faire faire connaissance avec d’autres personnages – tout aussi divertissant : M. et Mme Deume.
Du côté de Solal, nous rencontrons les Valeureux, ses cousins, qui visitent Genève à plusieurs reprises. Les passages les concernant m’ont beaucoup plu car ils sont tout à fait inattendus. Débarquant tout droit de leur Céphalonie natale, ils sont complètement décalés par rapport aux diplomates et représentants de la ville. Ils ont une manière de parler et d’agir très différente de tous les autres personnages et mettent en place différents stratagèmes pour s’attirer les bonnes grâces de Solal – et bien sûr son argent.
Les variations de langage dont je viens de parler sont sans aucun doute l’intérêt principal de ce roman. Chaque personnage à sa propre manière de parler, son vocabulaire, ses expressions. On reconnaît immédiatement si c’est Ariane qui parle, Solal, les Valeureux, la famille Deume ou Mariette, leur domestique. Nous avons principalement affaire aux amants, qui s’enferment à plusieurs reprises dans des monologues intérieurs. Sur le modèle d’Ulysse de James Joyce, ces derniers ne sont la plupart du temps pas ponctués. Nous suivons ainsi le fil des pensées des personnages, ce qui nous donne de nombreuses informations sur leur caractère et leur personnalité. De plus, ce procédé nous permet de passer d’un point de vue à l’autre et nous aide ainsi à regarder les faits de plusieurs points de vue différents.
Certains de ces monologues sont toutefois relativement longs et difficiles à comprendre. Ajoutés à quelques longueurs dans le déroulement de l’intrigue et à la complexité de l’écriture – qui teinte toutefois magnifiquement de poésie cette œuvre – ils dissuaderont probablement plusieurs lecteurs.
Ces quelques difficultés dépassées, on aura alors tout le loisir apprécier une critique de la bourgeoisie et de son monde impitoyable, du snobisme et de la Société des Nations ainsi que, bien évidemment, l’analyse du thème principal du roman : la passion. On assistera à la séduction, qui se transformera en passion avant d’entamer sa décadence. Tout au long de ce chemin, on découvrira ainsi plusieurs facettes des personnages.
L’histoire est centrée sur les deux amants bien sûr, mais nous visitons en même temps Genève et, dans une Europe où l’antisémitisme prend de l’importance, nous découvrons la vie d’avant la première Guerre Mondiale.
Ce chef-d’œuvre de la littérature francophone du XXe siècle est à lire absolument pour quiconque apprécie les histoires d’amour - l'amour, étudié sous tous ses aspects - et les belles plumes, et qui n’a pas peur du grand nombre de page et de la complexité de certains chapitres.

Expiation de Ian McEwan






Auteur:Ian McEwan
Titre original: Atonement (anglais)
Traducteur: Guillemette Belleteste
Date de publication: 2000 (traduction française: 2001)
Editions: Gallimard, collection Folio
Pages:488
Mon avis
* On incitait Briony à lire ses histoires dans la bibliothèque, et ses parents et sa soeur aînée étaient surpris d'entendre leur sage petite fille se donner en spectacle, faire de grands gestes de sa main libre, hausser les sourcils en interprétant les voix, lever les yeux de sa lecture l'espace de quelques secondes pour sonder les visages les uns après les autres, exigeant dans vergogne tout l'attention d'une famille ensorcelée par son récit.*

Sous la canicule qui frappe l'Angleterre en ce mois d'août 1935, la jeune Briony a trouvé sa vocation: elle sera romancière. Du haut de ses treize ans, elle voit dans le roman un moyen de déchiffrer le monde. Mais lorsqu'elle surprend sa grande soeur Cecilia avec Robbie, fils de domestique, sa réaction naïve aux désirs des adultes va provoquer une tragédie. Trois vies basculent et divergent, pour se recroiser cinq ans plus tard, dans le chaos de la guerre, entre la déroute de Dunkerque et les prémices du Blitz. Mais est-il encore temps d'expier un crime d'enfance?
Tout en s'interrogeant sur les pouvoirs et les limites de la fiction, Ian McEwan restitue les frémissements d'une conscience, la splendeur indifférente de la nature et les tourments d'une histoire aveugle aux individus.
Dans la grande demeure des Tallis, en ce bel été de 1935, la jeune Briony a décidé de devenir écrivain. Désormais la seule enfant de la famille dans ce lieu isolé, elle utilise son imagination débordante tant pour rêver que pour écrire… Et toujours dans ses fictions, le courage l’emporte sur la lâcheté, la vertu sur la tromperie et le bien sur le mal. Avec l’arrivée de ses cousins du Nord, ainsi que le retour de son frère Leon, elle voit l’opportunité de mettre son talent en avant. Adolescente à la frontière entre le monde des adultes et celui des enfants, Briony va pourtant provoquer un drame. Après avoir surpris sa sœur Cecilia avec Robbie, le fils de la femme de ménage, elle va changer leur vie à jamais.
Cinq ans plus tard, en pleine guerre mondiale, personne n’a oublié. Briony a grandi et décide de se repencher sur cette soirée où tout a basculé. Mais n’est-il pas trop tard pour revenir en arrière et arranger le passé ?
Expiation est un étonnant mélange. D’un crime d’enfance à la guerre, en passant par un drame familial, la déroute de Dunkerque, la vie londonienne en cette période troublée et une histoire d’amour brisée, Ian McEwan dépeint une image à la fois touchante, captivante et réaliste. Le lecteur est tout d’abord plongé dans l’univers des Tallis, famille de la bonne société. Dans un décor où la nature prend une importance particulière sont introduits les principaux personnages de l’intrigue : la jeune Briony, ses grands frères et sœurs, Leon et Cecilia, sa mère, Emily, ses cousins, Pierrot, Jackson et Lola, et quelques domestiques. Briony, âgée de treize ans, est immédiatement mise en avant. Nous découvrons sa vie, ses plus secrètes penses et sa grande ambition : devenir écrivain. Aussi incroyable que cela puisse paraître, c’est elle qui va – involontairement – provoquer la tragédie située au cœur du roman, par une suite d’événements que l’on pourrait qualifier de coïncidences fâcheuses.
La deuxième partie prend place cinq ans plus tard, au début de la guerre. Nous retrouvons alors les personnages principaux, dont le destin a été tracé par les événements de 1935. Robbie est alors projeté sur le devant de la scène, engagé dans l’armée anglaise. Nous traversons alors de nombreuses scènes de la déroute de Dunkerque. De la fuite des soldats aux bombardements des civils, de la détresse à l’espoir, tous les aspects sont traités dans de longues et précises descriptions. Ces dernières sont très réalistes et font bien ressentir au lecteur l’horreur dans laquelle Robbie et ses compagnons d’infortune sont plongés, pendant une période qui semble infinie. Bien qu’illustrant à merveille la lenteur avec laquelle l’armée en déroute se déplace certaines de ces scènes sont relativement longues à lire et n’apportent selon moi par réellement d’éléments significatifs, que ce soit du point de vue historique ou psychologique.
Du côté de Briony et de Cecilia, qui n’ont depuis le soir du drame plus aucune relation, nous assistons à un changement capital. Eloignées du cocon familial, chacune de son côté à décidé d’entreprendre des études d’infirmières. Avec le corps médical de l’armée, elles ont aussi à faire face à la guerre, mais de manière indirecte. Cette troisième partie, consacrée au travail médical, m’a énormément plus. Nous découvrons le quotidien des apprenties, préparées sans qu’elles ne le sachent réellement à traiter les blessés de guerre. Le travail se fait de plus en plus dur jusqu’à ce qu’elles soient projetées au milieu des horreurs de la guerre de l’armée en déroute. Les détails et anecdotes sont admirablement bien racontés, de sorte que nous avons une idée précise et complète de la situation d’un hôpital londonien juste avant le Blitz.
De nombreuses années sont ensuite passées sous silence jusqu’en 1999, date de l’épilogue, qui nous réserve bien des surprises. C’est seulement lors des dernières pages que le lecteur découvrira le fin mot de l’histoire. Contrairement au reste du roman, où les détails et descriptions prolifèrent, nous assistons à un dénouement rapide qui nous lasse nous interroger sur l’ensemble de la tragédie, de la première phrase au dernier mot. La longueur de cette dernière partie est parfaite : elle laisse place à l’interprétation et à la réflexion du lecteur tout en lui fournissant suffisamment de détails.
Ce changement de style d’écriture est dans aucun doute un des points forts de ce roman. Ian McEwan a choisi une héroïne qui se cherche et qui a pour ambition de devenir écrivain. A partir du moment où l’écriture est un thème sur lequel on attire l’attention du lecteur, il convient d’attacher une attention particulière à la forme du roman elle-même. Le début de l’intrigue se passe en 1935, dans une famille au statut social élevé. Le style utilisé – phrases longues complexes, description poétiques, vocabulaire recherché – reflète l’univers dans lequel les personnages évoluent. Nous sommes ainsi plongés dans le quotidien d’une famille cultivée de l’époque.
Plus tard, durant la guerre, mais plus particulièrement à l’hôpital où travaille Briony, les événements se précipitent et le rythme des phrases devient plus rapide, faisant en quelque sorte écho à ce qui se passe à l’extérieur. L’épilogue continue dans la même direction : le style est élégant, mais plus épuré qu’au cours des premières pages du roman, et plus direct aussi. Nous vivons alors un brusque retour à la réalité, le retour au monde d’une adolescente qui vivait auparavant principalement dans ses pensées et ses écrits.
L’écriture est, comme je l’ai déjà dit, un thème particulièrement important, qui est développé de manière très intéressante. Ian McEwan s’interroge sur ses pouvoirs et ses dangers, ainsi que sur ce que la fiction nous permet ou ne nous permet pas de faire. Omniprésente dans le monde d’une jeune adolescente solitaire, il devient sous-jacent, l’espace d’un instant, durant la guerre, avant de revenir sur le devant de la scène pour la fin du roman.
Expiation, c’est l’histoire d’une famille déchirée par un crime d’enfance où les protagonistes poursuivent leur destin au cours d’événements historiques majeurs. De la tragédie d’une seule soirée aux conséquences irréversibles de la guerre, le lecteur est tenu en haleine jusqu’aux dernières pages. Si vous aimez les romans psychologiques et dramatiques, avec pour cadre d’importants faits historiques, et que vous n’avez pas peur des phrases et descriptions parfois un peu longues, n’hésitez plus !


Un grand merci à Sophie de m'avoir prêté ce livre...